Discours d’intronisation de Gilles Dreu dans la Confrérie de la Plume Ardéchoise par Pierre Antoine Courouble lors du Salon du livre de Saint-Julien-du-Serre le 3 décembre 2017
Entre ici Jean-Paul Chapuisat, de ton vrai nom Gilles Dreu. A moins que ce ne soit l’inverse qui soit, en vérité. On ne sait plus trop avec les poètes ce qui est le vrai du « plus » vrai. Comme l’écrivit si bien Tarkovski, La poésie est une conscience du monde, une façon particulière de se confronter à la réalité. A une réalité que l’on rend plus vrai. Et la réalité c’est qu’aujourd’hui nous avons l’honneur et le bonheur d’accueillir dans notre auguste confrérie de la Plume ardéchoise, un troubadour, « ardéchois d’adoption ». D’adoption comme le fut un certain Jean Tenenbaum, Ferrat de son vrai nom – de poète. Ce troubadour est né le 31 juillet 1934 à Dreux, au hasard d’un voyage de ses parents, (il ne remettra les pieds dans sa ville natale que trente ans plus tard au hasard d’un concert donné en l’honneur… du « Commissaire San Antonio »). De son père baroudeur de l’armée française Gilles conservera le goût de l’engagement et des voyages. De sa mère musicienne qui avait fait le conservatoire, il héritera d’un don pour la musique et l’écriture musicale.
Toujours pour cause de vadrouilles parentales, son enfance et son adolescence se déroulent bien loin des paysages bucoliques de l’Eure et Loir : au Mali (Soudan français à l’époque), en Guinée puis à la Martinique avant de se fixer à Marseille en 1949. Paradoxalement à 15 ans la musique le laisse indifférent. Seul le sport le passionne : il pratique l’athlétisme, le rugby, la plongée sous-marine et l’escalade dans les calanques. Tout cela au détriment de ses études, bien sûr… Il passe néanmoins son bac et entre tout naturellement au CREPS. Son avenir semble tracé : il sera « prof de gym »… Hélas, en cette période troublée, l’appel sous les drapeaux n’épargne personne. Il passera comme beaucoup d’autres quelque 30 mois en Algérie.
1959, retour à la vie civile. Tout en effectuant son stage de fin d’études à l’ENSEP de Vincennes, il commence à fréquenter les Cabarets Montmartrois. C’est ainsi qu’à la suite d’un pari, à la fin d’une soirée un peu trop arrosée, il tente sa chance au « Tire Bouchon » en interprétant « Quand on a que l’amour » de Jacques Brel… Conséquence inattendue, Valbert, le maître des lieux, lui propose de venir chanter trois chansons dès le lendemain. Il doit se choisir un nom de scène : ce sera DREU, le nom de sa ville natale, en supprimant le X qu’il trouve « esthétiquement disgracieux ». Le prénom sera celui que lui inspirera le lecture d’un roman éponyme au moment du choix. L’argent ainsi gagné tous les soirs lui semble si facilement acquis « en s’amusant » qu’il devient chanteur sans même l’avoir décidé. Il écume alors les cabarets parisiens où il fréquente Bernard Dimey, Monique Morelli, François Deguelt, mais aussi des débutants qui deviendront célèbres : Pierre Richard, Victor Lanoux, Daniel Prévost ainsi qu’un jeune chanteur au talent prometteur, un certain Serge Lama… 1962 : Sortie des premiers super 45 tours très « rive gauche », premiers seconds rôles aussi dans des films de Jean Herman, Alex Joffé, Pierre Mirande, Jean-François Davy et plus tard, Claude Chabrol. 1966 : Hugues Aufray le remarque et lui conseille de changer de style. Il l’écoute et en 1968 s’envolera la fameuse « Alouette». En octobre, il triomphe à l’Olympia en vedette américaine de Yvan Rebroff. Les années suivantes, d’autres succès vont suivre : Pourquoi Bon Dieu, la Mégère Apprivoisée, Ma Mère me Disait, Moïse (duo avec Nicole Croisille), Descendez l’escalier… 1970 : Bobino en co-vedette avec Marie Laforêt. Au cours de l’été 1973, Gilles devient à Télé Monté-Carlo animateur de l’émission « Jamais Dreu sans Toi » dans laquelle il reçoit des invités aussi variés que Johnny Halliday, Alain Decaux, le président Edgar Faure ou Raymond Poulidor…
Dans les années et mêmes décennies qui suivront Gilles continuera à se consacrer entièrement à la chanson, mais dans un univers où les règles du jeu ne sont plus celles des années soixante… Pour autant notre troubadour poursuivra inlassablement ses tournées en France et dans toute la « francophonie » produisant quatre nouveaux albums. « Terre de Lumière », « Les Chansons de mes Vingt Ans », « Parcours » et « Quatre fois vingt ans », écrit avec Didier Barbelivien. Des années marquées par des participations à des émissions : « Les années bonheur « de Patrick Sébastien, « Champs Elysées » de Michel Drucker ou encore la tourné « âge tendre et tête de bois ».
Mais nous sommes ici en ce jour, pour saluer non pas un chanteur mais un auteur car Gilles est une plume. En 1974 il commet un ouvrage engagé que devait publier Albin Michel « Guyane à vendre ». Un ouvrage tellement engagé qu’il en devient très dérangeant, et d’amicales injonctions en provenance de milieux haut-placées feront que l’éditeur fera machine arrière. En revanche en 1986 les éditions JC Lattès publieront sans difficulté son ouvrage intitulé « La forme facile », un traité de philosophie du sport et de la santé peut-on dire. Deux romans seront également écris mais resteront confidentiels. Un premier un thrilleur politico-policier et un deuxième relatant les aventures d’un Don juan dans les années 68. Plus récemment, Gilles a commis un ouvrage atypique qui va être prochainement publié par les éditions Nombre7, « Les trois frères », qui pose le regard d’un poète sur le parcours de vie de 3 Franc-maçons aux destins tragiques : Joachim Murat, André Citroën et Charles Lindbergh. A découvrir en février lors du salon littéraire du Teil.
Mais au-delà de ces quelques ouvrages l’œuvre la plus conséquente de notre homme de lettres se situe bien évidemment dans le registre du chansonnier. Sur près de 400 chansons interprétées et référencées à la SACEM, à peu près 120 ont été écrites par Gilles. Pour moitié en paroles, et pour l’autre moitié en musiques. C’est cette plume au service de la chanson qui nous oblige unanimement à t’accueillir dans notre auguste mais humble confrérie de la « Plume ».
Plume « Ardéchoise » car ardéchois désormais tu es. Après avoir passé une dizaine d’années dans le Gard, Gilles tu t’es retiré avec ta charmante épouse Yolande, depuis maintenant un an à Vals les bains, à une heure de la maison familiale cévenole. Une commune d’Ardèche où tu avais déjà séjourné il y a 50 ans déjà. C’était lors du tournage d’un film qui dura près de trois mois, « Les cracks » du réalisateur Alex Joffé, un tournage qui lui permit de vivre des moments uniques avec Bourvil, Robert Hirch, Michel Deré et Patrick Préjean.
Chanteur, auteur, acteur, animateur, la lyre du poète Gilles Dreu comporte plusieurs cordes, à laquelle se rajoute aujourd’hui celle de chevalier de la Plume ardéchoise.

