Discours d’intronisation de Gérard Mourier dans la Confrérie de la Plume Ardéchoise par Pierre Antoine Courouble lors du Salon du livre de Vals-les-Bains du 25 aout 2019
« L’homme d’avenir est celui qui aura la mémoire la plus longue » écrivit Nietzsche. Gérard Mourier fait partie de ces passeurs de mémoires, de ces historiens locaux sans qui la mémoire des choses et des êtres ne saurait être pérennisée.
Quand le Cercle des auteurs Ardéchois a envisagé d’introniser Gérard Mourier dans la Confrérie de la Plume ardéchoise pour ce deuxième salon littéraire de Vals, j’ai approuvé avec enthousiasme cette proposition car je connaissais et appréciais l’homme avec qui je partageais des points communs : le service d’un journal local La Tribune, une même passion pour l’histoire et un intérêt partagé pour l’aéronautique et la Seconde guerre mondiale. Et surtout une similitude dans notre parcours scolaire.
Il est des rencontres de maîtres d’école ou d’enseignant qui marquent le cheminement d’une personne, Gérard, nous avons ceci en commun que nous avons tous deux été marqués par un prof qui nous a profondément impressionné et transmis le virus de la passion historique. Pour toi la chance ce fut ton entrée en 6ème, ou tu rencontras M. Armand, un professeur d’histoire extraordinaire dont la pédagogie non orthodoxe, vous passionnait et faisait de vous des amoureux de l’Histoire. Vous appreniez l’époque romaine en allant voir la borne milliaire de la Montée des Combes et en visitant les ruines de Vaison-la-Romaine, les guerres de religion s’étudiaient à travers « Les Commentaires du Soldat du Vivarais ». Lors de la période napoléonienne, il avait demandait à une dame âgée, petite fille d’un Grognard, de vous parler de l’Empereur. Elle avait apporté le fusil d’Honneur que son grand-père avait gagné lors de la campagne d’Italie, sa Croix de la Légion d’Honneur, des assignats… Avec elle Napoléon était là. Parfois, ton professeur chargeait un binôme d’élèves d’étudier un sujet, le siège de Privas par Louis XIII, par exemple, et de le commenter à leurs camarades. En fait il vous apprenait à découvrir les secrets cachés, sous la mousse des ans, et faisait de vous d’authentiques explorateurs du passé, des voyageurs du temps.
Cette passion pour l’histoire elle fut aussi alimenté par le vécu direct de Gérard, né en 1933, il avait enfant assisté à l’occupation allemande, à des actes de résistance et à la répression alors que son papa était prisonnier de guerre. Est-ce le contact des machines roulantes que conduisait son papa cheminot après guerre ? Est-ce la lecture du « Grand Cirque », de Pierre Clostermann? Est ce aussi l’influence de son grand père qui savait lire poétiquement dans le ciel étoilé ? Toujours est-il que le jeune Gérard, passionné de mécanique, se sent pousser des ailes qui l’attirent vers le ciel. Alors que ses parents auraient aimé qu’il fut instituteur, Gérard décide à 16 ans de passer les concours pour l’Ecole des Apprentis Mécaniciens de l’Armée de l’Air. Reçu, il gravira les échelons pour finir officier d’armement après une carrière exemplaire. Rendu à la vie civile en 1985, avec sa famille il revient aux Pays de ses ancêtres. C’est à cette époque qu’il succède à un ami, au poste de correspondant de la Tribune. Dans le cadre de cette nouvelle activité, il peut se consacrer à sa passion pour l’histoire. Parallèlement, Pendant un mandat il fut également 1er adjoint au maire de Laviolle, village de son épouse.
Alors que ses premiers écrits n’étaient pas destiné au grand public mais s’inscrivaient dans un registre technique et militaire relatifs à plusieurs armements nouveaux, dans sa nouvelle vie, il signe plusieurs ouvrages : « Une ville d’eaux, Vals-les-Bains au fil du temps » ; « Histoire de l’Eglise de Nièigle » en collaboration avec Jean-Pierre Geay et Jean Ried ; « Le casino-théâtre de Vals- les-Bains, une histoire mouvementée » ; « Histoire de Vesseaux » (un ouvrage collectif où sa participation concernait l’interprétation des sculptures et des symboles religieux de l’église). Depuis 1993, il collaborait à la rédaction du bulletin municipal de Vals, qu’il alimenta de nombreux textes dans une rubrique relative à l’histoire locale. Et en tant que correspondant de la Tribune il signa aussi de copieux articles historiques plus étoffés que la seule chronique évènementielle locale. A partir de 2003, débarrassé de toutes ses obligations il signe un ouvrage réponse aux nombreuses questions que les gens lui posaient sur l’histoire de Vals. De fait un guide historié et illustré dont il avait rédigé le manuscrit, son fils Jacques, qui lui avait succédé à la Tribune, l’ayant transformé en tapuscrit pour l’éditeur.
Gérard, tes parents rêvaient que tu sois instituteur, un passeur de mémoire et d’histoire qui institue l’humanité en l’homme. Et bien c’est ce que tu es devenu : un homme qui ressent impérieusement le besoin de transmettre la mémoire et qui en fait son devoir. « Je n’aime pas l’expression devoir de mémoire. Le seul « devoir » c’est d’enseigner et de transmettre » disait Simone Veil. Merci Gérard d’assumer ce devoir d’enseignement et de transmission. Nous te souhaitons la bienvenue dans notre Confrérie de la plume Ardéchoise.

