Discours d’intronisation de Bruno Chaix dans la Confrérie de la Plume Ardéchoise par Pierre Antoine Courouble lors du Salon du livre de Joyeuse le 22 octobre 2017
Monsieur Bruno Chaix, Mon général,
C’est avec joie que nous vous accueillons au sein de notre auguste confrérie de la Plume ardéchoise, émanation du Cercle des auteurs ardéchois, sous l’autorité de notre vénérable président d’honneur, Michel Riou, excusé en ce jour pour raisons familiales, mais dignement représenté par notre grand argentier Michel Rigaud alias Sylvain Villard, l’un de vos deux parrains pour votre entrée dans notre confrérie avec Henri Klinz, tous deux d’anciens militaires… Le hasard est l’ombre de Dieu comme le dit un proverbe arabe. Proverbe qui doit vous être familier, vous qui avez servi nos couleurs durant plusieurs années en Afrique du Nord.
Autre clin d’œil du destin, Mon général, je vois que nous avons sur la placette de notre cité carolingienne, un personnage historique, réincarné dans un des acteurs de nos célèbres visites théâtralisées, le général Pierre Chabert, qui comme vous, mais 150 ans plus tôt, servi les couleurs de la France en tant que général de division, qui comme vous était natif de notre beau département et comme vous connut une ascension militaire avec des responsabilités d’état major très importantes. Mais à la différence de vous, Chabert ne dut sa célébrité qu’à la plume d’un romancier, Honoré de Balzac, alors que vous, vous laisserez à la postérité votre propre plume au service de l’histoire, mais nous allons y revenir.
Il m’échoie donc, en tant que président en service actif, de prononcer le traditionnel hommage bio et bibliographique qui accompagne traditionnellement l’accueil des nouveaux impétrants. De fait le registre biographique est peu banal pour ne pas dire exceptionnel chez Bruno Chaix. Quoi de plus normal peut-être diront certains, qu’un général de division ait eu une trajectoire exceptionnelle ?… Comme je ne veux pas mettre à mal la modestie emprunte de réserve d’un officier supérieur, je survolerai dans une rapide esquisse, et avec respect le parcours de vie de Bruno Chaix. Né à Privas en 1931, Bruno Chaix fut formé à la meilleure des écoles qui soit pour une future carrière militaire : celle des scouts. Après de brillantes études, il effectue sa prépa pour Saint-Cyr à Lyon et entre en 1951 à Saint-Cyr. Au sortir de l’école, jeune officier, il est affecté en Tunisie puis en Algérie, il séjournera en tout 7 années en Afrique du Nord. Il avait rejoint le corps des parachutistes avec le grade de capitaine puis accède à celui de commandant. Affecté ensuite à l’état major de Paris, il fut nommé général en 1984, commandant la division militaire de Rhône-Alpes. Il termine sa carrière au niveau interallié, aux Pays-Bas, comme général de division, chef de la mission militaire française auprès du Commandement de l’OTAN Centre-Europe, il est aujourd’hui en retraite. Bruno Chaix a épousé en de justes noces une fille Molle d’Aubenas où il réside et qui lui a donné trois beaux enfants et ces derniers à leur tour 9 magnifiques petits enfants.
Comme certains grands généraux qui ont su conjuguer l’épée et la plume, le général Chaix, a pu, pendant sa carrière active, approfondir les problèmes de doctrine et de planification opérationnelle dans des Grandes Unités et à l’état-major de l’armée de Terre, puis en Docteur en Histoire, il a soutenu à l’Université de Paris I, Panthéon-Sorbonne, une thèse sur les plans de Belgique en 1940.
Evoquer l’homme de lettres nous amène à passer de sa biographie à sa bibliographie. Le général Chaix fut un auteur prolifique.
Il a participé à l’écriture de plusieurs ouvrages collectifs : un premier consacré aux relations franco-tunisiennes de 1945 à 1962, un deuxième sur la campagne de 1940, puis un sur Charles de Gaulle du militaire au politique, un autre sur le renseignement et la guerre technique et politique et enfin une contribution à l’Encyclopédie de l’Ardèche. Il a signé de très nombreux articles dans des revues et magazines comme la revue Stratégiques, la revue Guerres mondiales et Conflits contemporains, la Revue historique des Armées, Marianne, Magazine 39/45, Magazine Tank Zone, le magazine Batailles, Le Casoar de Saint-Cyr, le MATP Pays d’Ardèche et bien sûr une dizaine de contributions aux Cahiers de Mémoire d’Ardèche et temps présent. En tout une trentaine de publications sur des sujets aussi différents que l’urbanisation et le combat aéroterrestre, la ligne Maginot, la bataille de Lorraine en août 14, la défense nationale en 1870, les mobiles ardéchois à Vernon, la carrière militaire du comte de Blou, les rites funéraires au Moyen-âge à travers les fouilles de Salavas ou encore les jardins en Ardèche.
Enfin, le général Chaix a signé deux volumineux ouvrages qui font remarquablement autorité sur le plan historique. Le premier « En Mai 1940, Fallait-il entrer en Belgique ? Décisions stratégiques et plans opérationnels de la campagne de France » est un ouvrage qui fut publié à Paris aux éditions Economica en 2000, rapidement épuisé et réédité cinq ans plus tard. Ensuite et tout récemment les Editions mémoire d’Ardèche et temps présent viennent de publier « L’occupation allemande en Ardèche (1942-1944) et la retraite de la Wehrmacht du Midi de la France en août 1944 ». Ces deux ouvrages sont de véritables traités d’histoire particulièrement bien détaillés, où chacun des faits énoncés s’appuie sur un document officiel avec précision des dates, des noms et des lieux. Ainsi, nous savons qu’il vous a fallu plusieurs années de travail pour écrire l’ouvrage relatif à l’occupation allemande et à son reflux, vous obligeant à puiser dans les archives de la défense nationale à Paris pour retrouver des informations totalement absentes du fond de documentation de l’Ardèche. Votre regard posé sur le sujet mon général, ne fut pas celui d’un chroniqueur d’anecdotes mais celui d’un officier d’état-major survolant la dimension d’un problème pour mieux en comprendre les ressorts. Je précise au passage que nous n’avons rien à reprocher aux chroniqueurs rigoureux des anecdotes de l’histoire, qui peuvent faire, à l’instar de notre ami Michel Rigaud, un travail remarquable d’historien, car la grande histoire est souvent faite de la somme des petites histoires.
Monsieur Chaix, Mon général, la Confrérie de la plume ardéchoise a infiniment de respect pour le travail que vous avez accompli, elle est heureuse et très honorée de vous accueillir parmi nous. Nous essayons modestement et avec une dose d’humour (cette qualité de l’intelligence que l’on appelle la décontraction de l’âme) nous essayons de promouvoir l’écriture ardéchoise et ses auteurs à travers des salons, des publications, de la communication. Peut-être que votre sens aiguë de la tactique et de la stratégie contribueront à nous rendre meilleurs et plus efficaces sur le terrain difficile et aux reliefs escarpés de la promotion littéraire ardéchoise.
Le président – et néanmoins caporal ! – Courouble
vous remercie et vous salue respectueusement mon général.

